Tous les enfants n’ont pas la chance d’avoir grandi à deux pas de l’océan. Profiter de la plage et des embruns sans pour autant quitter le confort de son chez-soi. La beauté de la côte en été, le phare à la nuit tombée et le soleil rouge, penchant dangereusement au-dessus de la mer à chaque crépuscule.
Malgré ces satisfactions qui font l’âme de notre région, c’est toujours à cette saison que nous pliions bagages et partions pour nos vacances annuelles. Quitter la Vendée, le quotidien et la foule de parisiens descendus piquer une tête, histoire de s’oxygéner.
Bien sûr, avant d’arriver en terre promise, généralement un petit coin de France sélectionné selon le naturel de son environnement, de longues heures de route attendaient notre fratrie. Assis sur nos sièges inconfortables, cherchant tant bien que mal des occupations, ces temps de confinement dans l’habitacle du véhicule produisirent au final des souvenirs indélébiles.
Je donnais généralement le ton : mon imagination débordante requérait l’attention des autres. Commençaient alors des jeux où chaque situation ou question veillait à tromper l’ennui. Parfois, des chants appris à l’école envahissaient la voiture, plongeant mon père dans les songes profonds de son enfance. Par temps gris, les courses de gouttes sur les vitres trempées par la pluie avaient beaucoup de succès. Et quelques fois, en bravant avec patience les files interminables des transports coincés dans les embouteillages, des secrets venaient à être échangés: partager nos idées, confier nos rêves, nos projets.
Il était par instant difficile de supporter le caractère des autres. Des chamailleries éclataient tel l'orage, pouvant entraîner jusqu’à un arrêt soudain sur le bas-côté. « On se calme maintenant. Autrement… on rentre à la maison ! ». Des menaces en l’air qui savaient pourtant nous remettre à notre place.
Et bien que de retour au calme, nous bouillions intérieurement d'impatience. Conscients que nous nous apprêtions à vivre des instants de vies inoubliables.
Carole
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